Les États-Unis de Trump : la première menace environnementale du XXIe siècle
En un an de présidence, Donald Trump a méthodiquement démantelé l’architecture réglementaire climatique américaine, retiré les États-Unis des accords internationaux et légitimé l’inaction mondiale au moment précis où l’humanité franchit des points de bascule irréversibles. Cette politique transforme la première puissance mondiale en principal saboteur de l’effort climatique global.
Le démantèlement systématique de la protection environnementale
Le 13 mars 2025, l’administrateur de l’Agence de protection environnementale (EPA), Lee Zeldin, a annoncé « le plus grand jour de dérégulation que notre nation ait connu ». Ce n’était pas une hyperbole. L’EPA a entrepris 31 actions majeures visant à démanteler les protections environnementales construites sur plusieurs décennies.[1]
Au cœur de cette offensive se trouve la révocation programmée de l’endangerment finding de 2009 – la déclaration scientifique qui a permis à l’EPA de réguler les gaz à effet de serre sous le Clean Air Act. Zeldin a envoyé un mémorandum de neuf pages à la Maison Blanche affirmant que cette décision « ne reflète plus l’état actuel de la science, de l’ingénierie, de l’économie et du droit climatiques ». En supprimant cette pierre angulaire juridique, l’administration Trump ne se contente pas d’abroger des règles spécifiques : elle éradique le fondement légal permettant aux futures administrations de les rétablir.[2][3]
Les chiffres des impacts sont accablants. L’abandon des normes sur les particules fines pourrait entrainer 4 500 morts prématurées, 800 000 cas d’asthme et 2 000 hospitalisations supplémentaires d’ici 2032, représentant 46 milliards de dollars de dépenses sanitaires. L’EPA de Trump a cessé de calculer ces bénéfices sanitaires, facilitant ainsi les abrogations futures. En un an, le Sabin Center for Climate Change Law de l’université Columbia a recensé 300 actions anti-climat de l’administration.[4][5][6]
Les conséquences sont déjà mesurables. Après deux années consécutives de baisse, les émissions américaines de gaz à effet de serre ont augmenté de 2,4% en 2025. Le Rhodium Group projette désormais que les États-Unis ne réduiront leurs émissions que de 26% à 35% d’ici 2035 par rapport à 2005 – loin des 61% à 66% promis dans l’Accord de Paris.[6]
Le sabotage de la coopération internationale
Le 20 janvier 2025, jour de son investiture, Trump a ordonné le retrait des États-Unis de l’Accord de Paris. Un an plus tard, jour pour jour, ce retrait est devenu effectif, plaçant les États-Unis aux côtés de la Libye, du Yémen et de l’Iran comme seuls non-signataires du traité. Le 7 janvier 2026, Trump est allé plus loin en annonçant le retrait de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (UNFCCC) elle-même, le traité de 1992 établissant le processus de négociation climatique international.[7][8]
Cette décision a des ramifications géopolitiques considérables. Les États-Unis perdent leur droit de vote dans les conférences climatiques et cessent tout engagement financier. Plus grave, Washington transforme le climat en arène de confrontation idéologique. En septembre 2025, Trump a qualifié le changement climatique de « arnaque » devant l’Assemblée générale de l’ONU. À Davos en janvier 2026, il a raillé la transition énergétique comme « l’escroquerie verte ».[9][8][10][11]
Cette rhétorique s’accompagne d’actions agressives. Les États-Unis, désormais premier producteur mondial de combustibles fossiles, cherchent à augmenter massivement leurs exportations. Trump a menacé d’imposer des tarifs douaniers aux pays soutenant la réduction des émissions du transport maritime international, sabotant efficacement cet accord.[12]
L’impact diplomatique est dévastateur. Comme l’observe le programme d’études sur l’environnement et la sécurité de Yale, « le retrait américain rend beaucoup plus difficile le maintien – sans parler de l’amélioration – de l’ambition des efforts de réduction d’émissions à travers le monde. Quand un émetteur majeur tire profit de la situation sans contribuer, cela démotive l’ambition des autres ». Bien que 194 pays représentant environ 90% des émissions mondiales restent dans l’Accord de Paris, la légitimation de l’inaction par la première puissance mondiale crée un effet d’entraînement pernicieux.[9]
Le franchissement des points de bascule
Le timing de ce sabotage climatique ne pourrait être plus catastrophique. En octobre 2025, 160 scientifiques de 87 institutions dans 23 pays ont publié le Global Tipping Points Report, concluant que l’humanité a franchi son premier point de bascule climatique majeur : la mort massive et irréversible des récifs coralliens d’eau chaude.[13][14][15]
Ces écosystèmes atteignent leur seuil critique entre 1,0°C et 1,5°C de réchauffement, avec une estimation médiane à 1,2°C. Le réchauffement actuel avoisine 1,4°C. Le professeur Tim Lenton, directeur du Global Systems Institute de l’université d’Exeter, résume : « Nous ne pouvons plus parler des points de bascule comme d’un risque futur. Le premier recul généralisé des récifs coralliens d’eau chaude est déjà en cours ». Ce phénomène affecte directement 500 millions de personnes dont les moyens de subsistance dépendent de ces récifs.[16][14][13]
Le rapport identifie d’autres seuils « périlleusement proches » : la fonte des calottes glaciaires du Groenland et de l’Antarctique occidental, l’effondrement de la circulation méridienne atlantique (AMOC) qui plongerait l’Europe du Nord-Ouest dans des hivers prolongés et sévères tout en compromettant la sécurité alimentaire mondiale, et le dépérissement de la forêt amazonienne sous les effets combinés du changement climatique et de la déforestation.[17][14]
Le dépassement du seuil de 1,5°C, désormais probable vers 2030, enclenche une dynamique inquiétante. Chaque dixième de degré supplémentaire nécessitera environ 220 gigatonnes de CO₂ de retrait additionnel de l’atmosphère. Or, les infrastructures fossiles existantes seules représentent déjà le double du budget carbone restant pour 1,5°C. Le rythme actuel de réchauffement anthropique – 0,27°C par décennie entre 2015 et 2024 – est sans précédent.[14][17][16]
Migrations climatiques et déstabilisation géopolitique
Les conséquences humanitaires et sécuritaires de cette trajectoire sont monumentales. Le rapport Groundswell de la Banque mondiale projette que 216 millions de personnes dans les pays en développement seront contraintes de migrer à l’intérieur de leur propre pays d’ici 2050 en raison du changement climatique. Ces mouvements commenceront dès 2030 avec l’émergence de « points chauds » d’émigration et d’immigration climatiques, qui s’intensifieront jusqu’en 2050.[18][19]
Les chiffres régionaux sont vertigineux : 86 millions de migrants climatiques internes en Afrique subsaharienne, 49 millions en Asie de l’Est et Pacifique, 40 millions en Asie du Sud. Une étude du Mayors Migration Council estime que dix villes seules – de Bogotá à Karachi en passant par Freetown – recevront 8 millions de migrants climatiques d’ici 2050. Karachi pourrait accueillir à elle seule 2,3 millions de déplacés.[19][20]
Cruciale, la Banque mondiale note qu’une action climatique rapide et concertée pourrait réduire l’ampleur de ces migrations de 80%. L’obstruction américaine compromet directement cette possibilité, condamnant des centaines de millions de personnes à l’exil.[19]
Le Pentagone reconnaissait jusqu’en 2024 que le changement climatique constitue un « multiplicateur de menaces » qui compromet « presque tout ce que le ministère de la Défense fait pour défendre le peuple américain ». Le rapport de 2021 identifie explicitement comment l’élévation des températures, les modifications des régimes de précipitations et les événements météorologiques extrêmes exacerbent les risques de sécurité existants et en créent de nouveaux. Révélateur, le changement climatique a été retiré pour la première fois en plus d’une décennie de l’évaluation annuelle des menaces de la communauté du renseignement en 2025.[21][22][23]
La Chine et le vide de leadership
Le retrait américain crée un vide de leadership que la Chine s’empresse de combler. En septembre 2025, le lendemain du discours de Trump qualifiant le climat d’« arnaque » à l’ONU, le Premier ministre chinois Li Qiang a annoncé un objectif de réduction des émissions de 7% à 10% d’ici 2035. Bien qu’insuffisant au regard de l’urgence, cet engagement contraste violemment avec le sabotage américain.[10]
Plus significatifs sont les investissements chinois massifs dans les renouvelables. En 2024 seulement, la Chine a ajouté 887 gigawatts de capacité solaire, portant sa capacité renouvelable totale à 1 826 térawattheures – l’équivalent de 600 réacteurs nucléaires. Les émissions chinoises ont probablement atteint leur pic en 2024. Pékin exporte désormais ses technologies propres vers 54 pays et construit des usines d’énergie propre à l’étranger en anticipation de futures barrières commerciales.[10][12]
À Davos en janvier 2026, le vice-Premier ministre chinois a déclaré que « la Chine travaillera avec toutes les parties pour mettre en œuvre pleinement et efficacement la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques et l’Accord de Paris », s’engageant à « construire des ponts, pas des murs » – un contraste saisissant avec la posture trumpiste. Comme l’observe Yale Environment 360, « la Chine aide à permettre la transition énergétique, tandis que les États-Unis tentent de forcer les pays à acheter du pétrole et du gaz américains. Les tendances mondiales favorisent la Chine ».[11][24][10]
Cette redistribution du pouvoir climatique illustre comment la politique trumpiste affaiblit non seulement l’environnement mais aussi l’influence géopolitique américaine. L’Union européenne, prise entre divisions internes et hostilité américaine, peine à maintenir son leadership historique.[12][10]
Les États-Unis comme menace existentielle
La convergence de ces facteurs établit les États-Unis de Trump comme la principale menace environnementale du XXIe siècle. Cette conclusion repose sur sept piliers interconnectés :
Premièrement, les États-Unis sont le deuxième émetteur mondial actuel et portent la dette historique carbone la plus élevée de toute nation. Comme le note Climate.gov, « les émissions passées des États-Unis ont contribué au réchauffement à ce jour et persisteront pendant des millénaires. Toute émission américaine future compromettra les progrès pour arrêter le réchauffement ».[25]
Deuxièmement, Washington sabote systématiquement la coopération internationale au moment où celle-ci est la plus nécessaire. Le retrait de l’UNFCCC et de Paris, combiné aux menaces tarifaires contre les pays pro-climat, délégitime l’action multilatérale et crée un effet domino.[26][27][12]
Troisièmement, le timing est catastrophique. La décennie 2025-2035 est critique pour éviter le dépassement de 1,5°C. Chaque année compte. Chaque fraction de degré compte. Pendant cette fenêtre décisive, la première puissance mondiale accélère dans la direction opposée.[28][17]
Quatrièmement, la promotion active des combustibles fossiles contredit frontalement la nécessité scientifique d’une sortie rapide. Les infrastructures fossiles existantes excèdent déjà le budget carbone pour 1,5°C. Les États-Unis, premier producteur mondial, cherchent à augmenter massivement l’extraction et les exportations.[16][12]
Cinquièmement, la suppression de la science climatique institutionnelle – révocation de l’endangerment finding, retrait du climat de l’évaluation des menaces – crée un précédent dangereux de négation scientifique au plus haut niveau.[23][2]
Sixièmement, la capture réglementaire de l’EPA transforme l’agence de protection en facilitateur de la pollution. Avec seulement 15 cas de pollution traités en un an alors que des centaines sont référés, l’impunité des pollueurs devient la norme.[29]
Septièmement, cette politique amplifie la déstabilisation géopolitique – migrations massives, conflits pour les ressources, effondrement de la sécurité alimentaire – transformant le climat en multiplicateur de crises humanitaires.[30][21][18]
L’historien regardera peut-être 2025-2026 comme le moment où la trajectoire climatique mondiale a basculé irréversiblement, non par manque de connaissances ou de technologies, mais par sabotage délibéré de la première puissance mondiale. Les récifs coralliens, premier écosystème à franchir son point de bascule, témoignent silencieusement que le temps de l’action préventive se referme. Chaque année de retard amplifie exponentiellement le coût humain, écologique et économique. Dans cette course contre la montre, les États-Unis de Trump se positionnent non comme solution, mais comme obstacle principal à la survie organisée de la civilisation industrielle.
⁂
- https://www.epa.gov/newsreleases/epa-launches-biggest-deregulatory-action-us-history
- https://www.eenews.net/articles/trump-gutted-climate-rules-in-2025-he-could-make-it-permanent-in-2026/
- https://www.bracewell.com/news-events/trump-gutted-climate-rules-in-2025-he-could-make-it-permanent-in-2026/
- https://apnews.com/article/epa-soot-air-pollution-trump-zeldin-deregulation-d7df5b24a159284e96b12958a840c3d8
- https://www.citizen.org/news/trumps-epa-no-longer-values-human-health-in-clean-air-standards/
- https://www.lemonde.fr/en/environment/article/2026/01/19/us-greenhouse-gas-emissions-rise-before-trump-policies-even-kick-in_6749588_114.html
- https://eelp.law.harvard.edu/tracker/paris-climate-agreement/
- https://www.whitecase.com/insight-alert/us-withdrawal-paris-agreement-impact-and-next-steps
- https://www.woodwellclimate.org/us-withdrawal-paris-agreement/
- https://e360.yale.edu/features/china-climate-diplomacy
- https://www.theenergymix.com/china-corrects-trump-on-wind-touts-energy-transition-in-davos-address/
- https://www.iss.europa.eu/publications/commentary/paris-agreement-power-politics-eus-climate-leadership-time-contestation
- https://icriforum.org/gtp-2025/
- https://www.theguardian.com/environment/2025/oct/13/coral-reefs-ice-sheets-amazon-rainforest-tipping-point-global-heating-scientists-report
- https://www.cnn.com/2025/10/13/climate/tipping-points-coral-reef-ice-amoc
- https://climateanalytics.org/publications/latest-science-on-the-1-5-c-limit-of-the-paris-agreement
- https://global-tipping-points.org/conference-2025/conference-statement/
- https://openknowledge.worldbank.org/entities/publication/2be91c76-d023-5809-9c94-d41b71c25635
- https://www.banquemondiale.org/fr/news/press-release/2021/09/13/climate-change-could-force-216-million-people-to-migrate-within-their-own-countries-by-2050
- https://mayorsmigrationcouncil.org/news/8-mil-migrants-press-release/
- https://news.climate.columbia.edu/2023/10/11/why-climate-change-is-a-national-security-risk/
- https://media.defense.gov/2021/oct/21/2002877353/-1/-1/0/dod-climate-risk-analysis-final.pdf
- https://time.com/7272152/climate-change-national-security-threat/
- https://www.cnn.com/2026/01/21/china/china-davos-trump-intl-hnk
- https://www.climate.gov/news-features/climate-qa/does-it-matter-how-much-united-states-reduces-its-carbon-dioxide-emissions
- https://www.usip.org/publications/2024/05/international-action-climate-change-failing-how-can-it-be-strengthened
- https://iapss.org/prospects-of-global-cooperation-under-the-growing-threat-of-climate-change/
- https://en.wikipedia.org/wiki/Special_Report_on_Global_Warming_of_1.5_°C
- https://www.commondreams.org/news/epa-regulations
- https://blog.ucs.org/shana-udvardy/pentagon-must-address-climate-change-as-threat/
- https://www.actonclimate.com/trumptracker/
- https://www.congress.gov/crs_external_products/R/PDF/R48504/R48504.1.pdf
- https://cen.acs.org/environment/epa-deregulation-zeldin-climate-endangerment-vehicle-emission-rules/104/web/2026/01
- https://earth.org/one-year-of-trump-how-the-us-reversed-climate-progress-at-home-and-abroad/
- https://en.wikipedia.org/wiki/United_States_and_the_Paris_Agreement
- https://www.oecd.org/en/publications/climate-tipping-points_abc5a69e-en.html
- https://www.wri.org/insights/1-5-degrees-c-target-explained
- https://climateandsecurity.org/wp-content/uploads/2020/03/a-security-threat-assessment-of-climate-change.pdf
- https://valtioneuvosto.fi/en/-/1410903/study-paris-agreement-has-significant-impacts-on-climate-policy-future-less-certain
- https://www.iddri.org/sites/default/files/PDF/Publications/Catalogue Iddri/Etude/202111-ST0921-Coastal Migration.pdf
- https://climate.sustainability-directory.com/question/what-are-the-main-challenges-in-global-climate-cooperation/
- https://www.cnbc.com/2026/01/23/trump-davos-canada-carney-france-macron-spain-china-wind.html
- https://www.un.org/en/desa/2030-agenda-–-important-tool-safe-migration
- https://www.ipcc.ch/report/ar6/wg3/chapter/chapter-14/



